Le Hameau du Village

Jean-François MARMONTEL (àl’origine MARMONTEIL) est néà Bort-Les-Orgues dans leLimousin – aujourd’huidépartement de la Corrèze 

– le 11 juillet 1723, et mort àHabloville, commune de SaintAubin sur Gaillon (Eure) le 31décembre 1799. 

On ne peut « résumer » la vie d’un homme qui a connu Louis XV, Louis XVI, la Révolution de 1789, la Première République et le Directoire. Encyclopédiste, historien, conteur, romancier, grammaticien, poète, dramaturge et philosophe, il noua avec Voltaire une amitié sans nuage de 35ans et connut la notoriété à la Cour et dans les salons de la noblesse. C’est en 1763 qu’il fut élu à l’Académie Française. 

En 1792, il quitte sa propriété des Thiais, au sud de Paris, pour s’installer dans notre région, au hameau de Saint-Germain près d’Evreux, puis dans notre commune à Couvicourt d’abord et ensuite à Habloville, où il achète une chaumière le 12 décembre, à l’emplacement de la ferme de la famille Desvignes. Il y entreprend la rédaction des « Mémoires d’un père pour servir à l’éducation de ses enfants » et vit à l’écart de la vie politique. 

En 1794, on lui propose une charge dans le jury chargé d’examiner les instituteurs du district de Louviers, et en 1795, un poste de professeur de Belles Lettres dans une Ecole Centrale de Paris, proposition qu’il refuse à cause de sa santé. 

En 1797, il est élu député duConseil des Anciens par les électeurs de l’Eure, puis auConseil des Cinq Cents. Bien que se rangeant parmi les modérés, il est suspecté de royalisme. Il échappe à la déportation et rejoint Habloville où il reprend la rédaction de ses Mémoires. Au cours des années passées dans notre commune, il a su gagner l’estime des gens des hameaux 

qu’il rencontrait au cours de ses promenades. Et ses fils, mauvais lecteurs des « Conseils d’un père pour l’éducation de ses fils », profitent du Bois Léopard pour leurs sorties galantes… 

Marmontel meurt d’une attaque d’apoplexie dans la nuit du 31décembre 1799, sans avoir connu le 19ème siècle. 

Selon ses voeux, il repose dans sa propriété, dans une simple crypte creusée au pied d’un mur et fermée par une grille. (Il aurait pu passer les siècles à l’abri du mur croulant et des charmilles envahissantes). Mais en 1863, sa famille et quelques citoyens souhaitent son déplacement vers le cimetière communal. Louis-Joseph, le cadet de ses cinq fils, et le seul survivant, avait vendu la propriété en 1825 à deux agriculteurs locaux, Isidore Lefebvre et Pierre Olivier. L’acte de vente stipulait que la famille pourrait enlever la dépouille quand bon lui semblerait. C’est ce que demande la veuve de Louis-Joseph, et le Conseil Municipal attribue par délibération une parcelle au cimetière. 

C’est compter sans Lefebvre et Olivier qui arguent la dévalorisation de leur bien. L’enquête dure trois ans – trois ans de demandes, arrêtés, recours. En 1865, Monsieur Mabille, maire de Saint Aubin sur Gaillon, sollicite le Ministère de l’Intérieur afin d’élever un monument. Le Ministre fait savoir qu’il n’existe «aucun crédit applicable à une dépense de cette nature ». Seule la ville de Bort-Les-Orgues vote une subvention pour le transfert et la nouvelle sépulture. 

Le 6 novembre 1866, la cérémonie a lieu. Le cercueil de plomb pèse 380 kilos ; il est moulé à la forme d’un corps humain semblable au cercueil des dignitaires de l’église de l’époque. Ce n’est peut être l’oeuvre d’un artiste local, et en 1799 la famille ne pouvait pécuniairement pas avoir commandé cet ouvrage.Peut-on penser que Marmontel a reçu cet hommage grâce à sa relation avec un religieux expulsé de la Chartreuse d’Aubevoye, et rencontré en 1793 à la Créquinière d’Aubevoye quand

Marmontel avait fui Habloville pour quelques jours ? 

Les Frères de la Charité, chargés du transport, brisent leurs bâtons sous la charge, et c’est la charrette du laitier qui mène le cortège. Il est composé de l’abbé Picquerel, curé de Saint Aubin sur Gaillon, d’une poignée de chantres et d’enfants de choeur, du maire, de quelques conseillers et de deux membres de la famille.

Les deux Académiciens attendus se sont fait excuser (pour des raisons météorologiques défavorables). Cérémonie bien éloignée du faste espéré… 

Le 18 novembre de la même année, Chapuy, artiste parisien, propose ses services gratuits pour la réalisation d’un monument.« Je ne veux pas de ce monument dans une commune très isolée, et je ne veux aucune cérémonie » répond le Préfet. Le monument actuel est orné d’un médaillon en bronze, oeuvre du sculpteur Saint Aubinois Malle, et Marmontel repose en paix à l’ombre de l’if. 

Il faut attendre 1899 – donc cent ans après sa mort – pour que Marmontel soit l’objet d’une manifestation officielle, en présence de Gaston Boissier, Secrétaire Perpétuel de l’Académie Française. 

Et que se passe-t-il en 1999 pour le bicentenaire de sa mort ?Un hommage est organisé avec exposition, dépôt de gerbes, etc… Claude Nachtergaele, maire, informe : « J’ai écrit auConseil Général de l’Eure pour demander une subvention aux fins de nous aider à effectuer quelques réparations à la sépulture de Marmontel et participer à cette manifestation.Voici ce qui m’a été répondu. Je cite : « Ce type d’intervention ne s’intègre dans aucun des régimes d’aides du ConseilGénéral. » ». 

L’histoire se répètera-t-elle en 2099 ? Et, plus proche de nous, y aura-t-il une commémoration en 2023 pour le tricentenaire de la naissance de Marmontel ? Les Saint Aubinois rendront-ils hommage à leur illustre concitoyen, sachant que derrière l’Académicien, on trouvait aussi un homme à l’esprit frondeur et étonnamment moderne ? … 

Quelques citations de Jean-François Marmontel : 

– « Nous naissons différents, soyons ce que nous sommes ».(Le Huron) 

– « Il n’est pas permis à tous les hommes d’être grands mais ils peuvent être tous bons ». 

– « Jamais on ne doit se décourager ; la corruption n’est jamais totale ; il y a partout des gens de bien ». (Bélisaire XI) 

– « Des grands mots et des petites idées ne sont jamais que de l’enflure ». (Pougens) 

– « L’homme de génie est celui qui enfonce le soc de la charrue dans un terrain qu’on n’a qu’effleuré avant lui, et qui sait par là rendre fécond un sol qu’on croyait épuisé ». (Pougens) 

Sources : Wapedia – « Récits et documents pour servir à l’histoire de Gaillon et d’Alentour » Jean Mineray, Editions Bertout 1991 – L’Impartial, décembre 1999. 

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